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France enters 30~Years' War
09 MAY 1635
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^ 1635 France declares war on Spain, thus entering the “30-Years' War, actually a series of wars (1618–1648) fought by various nations of Europe for various reasons, including religious, dynastic, territorial, and commercial rivalries. Its destructive campaigns and battles occurred over most of Europe, and, when it ended with the Treaty of Westphalia on 24 October 1648, the map of Europe had been irrevocably changed.
      Although the struggles that created it erupted some years earlier, the war is conventionally held to have begun in 1618, when the future Holy Roman emperor Ferdinand II, in his role as king of Bohemia, attempted to impose Roman Catholic absolutism on his domains, and the Protestant nobles of both Bohemia and Austria rose up in rebellion. Ferdinand won after a five-year struggle. In 1625 King Christian IV of Denmark saw an opportunity to gain valuable territory in Germany to balance his earlier loss of Baltic provinces to Sweden. Christian's defeat and the Peace of Lübeck in 1629 finished Denmark as a European power, but Sweden's Gustav II Adolf, having ended a four-year war with Poland, invaded Germany and won many German princes to his anti-Roman Catholic, anti-imperial cause.
      Meanwhile the conflict widened, fueled by political ambitions of the various powers. Poland, having been drawn in as a Baltic power coveted by Sweden, pushed its own ambitions by attacking Russia and establishing a dictatorship in Moscow under Wladyslaw, Poland's future king. The Russo-Polish Peace of Polyanov in 1634 ended Poland's claim to the tsarist throne but freed Poland to resume hostilities against its Baltic archenemy, Sweden, which was now deeply embroiled in Germany. Here, in the heartland of Europe, three denominations vied for dominance: Roman Catholicism, Lutheranism, and Calvinism. This resulted in a Gordian tangle of alliances as princes and prelates called in foreign powers to aid them. Overall, the struggle was between the Holy Roman Empire, which was Roman Catholic and Habsburg, and a network of Protestant towns and principalities that relied on the chief anti-Catholic powers of Sweden and the United Netherlands, which had at last thrown off the yoke of Spain after a struggle lasting 80 years. A parallel struggle involved the rivalry of France with the Habsburgs of the empire and with the Habsburgs of Spain, who had been attempting to construct a cordon of anti-French alliances.
      The principal battlefield for all these intermittent conflicts was the towns and principalities of Germany, which suffered severely. During the Thirty Years' War, many of the contending armies were mercenaries, many of whom could not collect their pay. This threw them on the countryside for their supplies, and thus began the “wolf-strategy” that typified this war. The armies of both sides plundered as they marched, leaving cities, towns, villages, and farms ravaged. When the contending powers finally met in the German province of Westphalia to end the bloodshed, the balance of power in Europe had been radically changed. Spain had lost not only the Netherlands but its dominant position in western Europe. France was now the chief Western power. Sweden had control of the Baltic. The United Netherlands was recognized as an independent republic. The member states of the Holy Roman Empire were granted full sovereignty. The ancient notion of a Roman Catholic empire of Europe, headed spiritually by a pope and temporally by an emperor, was permanently abandoned, and the essential structure of modern Europe as a community of sovereign states was established.
^ 1635 La France déclare la guerre à l'Espagne et entre dans la Guerre de 30 ans.
      Le 19 mai 1635, le héraut d’armes du roi de France Louis XIII [27 Sep 1601 – 14 May 1643], un officier gascon nommé Gratiollet, faisait battre la chamade sur la place de Bruxelles, lançant autour de lui des copies de la déclaration royale du 12 mai précédent contresignée par le secrétaire d’État de la Guerre, Abel Servien: Louis XIII déclarait la guerre à la couronne d’Espagne. Le lendemain, à Avein, au sud de Liège, les troupes de l’armée des Flandres commandées par les maréchaux de Châtillon et de Brézé écrasaient les Espagnols du prince Thomas de Savoie.
      Ces deux événements marquent l’entrée de la France dans la guerre de Trente Ans. Depuis déjà six années, le royaume se préparait à cette éventualité. Mais, devant un conflit qui ne cessait de prendre de l’ampleur, les intérêts de la couronne commandaient d’agir avec prudence. Entre 1628 et 1630, la querelle liée à la succession de Vincent II, duc de Mantoue, avait déjà nécessité une intervention militaire française contre le duc de Savoie et ses alliés espagnols et impériaux.
      Par ailleurs, les troupes françaises menaçaient et occupaient le duché de Lorraine, dont la situation offrait un débouché sur l’Allemagne rhénane. De plus, la France versait des subsides importants aux Provinces-Unies et à la Suède pour que ces deux nations continuent de combattre contre l’Empereur. Mais la défaite des Suédois à Nördlingen (septembre 1634) désorganisa le camp protestant. Oxenstierna, le chancelier de Suède, n’entendait plus soutenir une lutte aussi inégale si la France ne s’engageait pas plus avant.
      La fin de l’année 1634 et les premiers mois de 1635 furent décisifs. Oxenstierna proposa à Louis XIII de relever les troupes suédoises dans la partie occidentale de l’Allemagne, tandis que la Suède et ses alliés entreprendraient la conquête de la Silésie et des pays héréditaires. À la même époque, le stathouder Frédéric-Henri, prince d’Orange, offrait à la France d’opérer, de concert avec lui, la conquête des Pays-Bas espagnols et de partager les territoires conquis.
      Pour le cardinal de Richelieu [09 Sep 1585 – 04 Dec 1642], cette intervention apparaissait bien plus nécessaire qu’une aventure en Allemagne. En effet, à Bruxelles, capitale des Pays-Bas espagnols, demeuraient deux "gages" de valeur: la Reine mère, Marie de Médicis [26 Apr 1673 – 03 Jul 1642], exilée du royaume, et l’héritier du trône, Gaston d’Orléans [25 Apr 1608 – 02 Feb 1660], dont le mariage avec une fille du duc de Lorraine n’avait pas été autorisé par Louis XIII. En octobre 1634, Richelieu parvint à obtenir le retour de Monsieur. Les instructions données par la suite aux maréchaux se font l’écho de cette affaire:
     Sy par hasard, il arrivoit que dans la prise de quelque place, la Royne mère du Roy et la princesse Marguerite de Loraine tombassent entre les mains de Sa Majesté et desd. sieurs les Estats, Sa Majesté désire que l’on rende à la Reyne sa mère tous les honneurs et bons traictement deubz à sa qualité et que pour la princesse Marguerite, elle soit gardée en telle sorte que l’on puisse respondre de sa personne, luy rendant toutesfois toutes les civilitez requises à une princesse de sa naissance.
     Le 08 Feb 1635, une alliance offensive et défensive était signée entre la France et les Provinces-Unies. On accordait trois mois aux provinces belges pour se soulever contre l’Espagne, faute de quoi les deux alliés feraient en commun la conquête du territoire. Cette alliance militaire prévoyait que: "le roy fera entrer dans lesd. provinces une armée de 25'000 hommes de pied et 5000 chevaux avec le canon et attirail nécessaire à un tel corps, et lesd. sieurs les Estats feront la mesme chose(…) Lesd. deux armées se joindront d’abord aux lieux dont il sera convenu pour agir conjoinctement ou séparément ainsy qu’il sera jugé à propos".
      Richelieu constitua une armée pour agir sur ce territoire d’opération. Le 14 février, le secrétaire d’État de la Guerre expédiait "pouvoir de Monsieur le mareschal de Chastillon pour commander l’armée que le roy faisoit assembler en Lorraine". Le choix de Châtillon n’était pas neutre. Il connaissait la Hollande, y ayant fait ses premières armes, et de confession réformée, il ne pouvait que satisfaire les États. Le prince d’Orange, un parent éloigné, lui écrivait, quelque temps plus tard: "J’espère que si l’on vient à rompre avec l’Espagne, vous servirez le Roy de très bon cœur contre ces Messieurs-là, et que peut-estre il se presentera occasion que les armées, tant la vostre que celle de cet Estat, s’approcheront. Je souhaite ce contentement avec passion".
      Au même moment, les relations entre l’Espagne et la France se tendaient encore plus. La prise de la citadelle de Sierck, mal défendue par une garnison française (21 mars 1635), ouvrit le chemin de la ville de Trêves aux Espagnols. Bientôt, ceux-ci firent prisonnier l’archevêque-électeur Philippe de Sötern, qui s’était placé sous la protection de Louis XIII. Ce défi invitait à accélérer les préparatifs en vue d’un conflit, les négociations entre le Cardinal-Infant et les ambassadeurs français ne laissant que peu d’espoir à une solution pacifique.
      La correspondance de Châtillon aide à comprendre comment fonctionne l’armée française dans les premiers temps de la guerre de Trente Ans. Le secrétaire d’État de la Guerre transmet les ordres du souverain et précise les attributions du commandant d’armée. Loin d’avoir carte blanche, Châtillon se doit d’obéir aux ordres venus de la cour: quarante ans avant la "stratégie de cabinet" et un "ministre qui fait le connétable" pour reprendre l’expression du maréchal de Turenne à l’égard de Louvois, les instructions fixent la stratégie à suivre.
      Châtillon ne demeure pas pour autant inactif. Dès sa prise de fonction, Servien lui envoie un "controole des trouppes qui vont aux environs de Saint-Dizier et de leurs logements". Il s’agit d’un relevé nominal et géographique des régiments d’infanterie et des compagnies de cavalerie dont Châtillon a désormais la charge. Il prépare leur rassemblement, lequel se trouve, par la force des choses, vite modifié. Malgré la perte de Trêves, l’armée française d’Allemagne, qui opère sous le commandement des maréchaux de Brézé et de La Force, réussit quelques exploits, comme la prise des villes d’Heidelberg et de Spire, ce qui rétablit pour un temps la situation. Cela ne favorise pas Châtillon, puisque, sous prétexte de compléter ses troupes, on lui adjoint fin mars Urbain de Maillé, maréchal de Brézé, neveu du cardinal, avec une partie des "vieux régiments". Les deux maréchaux prennent la tête du corps expéditionnaire dorénavant destiné à porter la guerre au cœur des Pays-Bas espagnols. Châtillon, investi de cette mission de confiance, fait donc contre mauvaise fortune bon cœur puisqu’il écrit à Servien, le 5 avril: "Au reste je me resjouis de ce que Monsieur le mareschal de Brezé se trouvera à mesme rendez-vous que moy vers Mézières avecq partie des vieux régimens. Cella me fait juger que nous servirons ensemble aux occasions qui vont s’offrir. Je croys que nous nous accorderons fort bien">.
      En attendant l’arrivée de Brézé, Châtillon complète ses troupes. Servien l’y encourage le 31 mars: "Je vous supplie d’apporter tous les soings qui dépendent de vous pendant le temps que vous estes sur cette frontière pour faire rendre complettes et mettre en bon estat touttes les trouppes qui doivent composer l’armée que vous commandez. Je vous envoie par cet effect le dénombrement que je vous avez promis".
      En effet, Servien ne dispose que des comptes envoyés par les commissaires de guerres ou par les intendants. Le dénombrement dont il est question est un document financier qui sert à la solde des troupes. La difficulté majeure que n’ignorent ni le secrétaire d’État, ni le maréchal, tient au décalage qui peut exister entre la réalité et ce qui est inscrit sur les tables des commissaires des guerres. Pour cela, il s’agit de renforcer la discipline et de limiter le fléau que sont les "passe-volants", "rouleurs" et déserteurs, "crime (…) le plus commun de tous et le plus préiudiciable". Des mesures législatives - que nul ne remit en cause jusqu’en 1643 - furent mises en œuvre pour lutter contre ces abus, à l’instar de la déclaration royale du 8 août suivant qui tentait de lutter contre la désertion. Contre les passe-volants, pratique nuisible à la connaissance réelle des effectifs, des ordres particuliers avaient été pris au cours de l’année 1634. L’état que livre Châtillon montre cependant que les troupes assemblées sont complètes. Il l’écrit d’ailleurs à Servien: "Selon que je peux juger à peu près, je croy qu’on peut faire estat qu’il se trouvera dans les treize régimens que j’ay icy, dix mil hommes de pied effectifs, sans comprendre les officiers, et dans la cavalerie, douze cens bons chevaux".
      L’extrait de la revue faite les journées suivantes précise la qualité et la tenue des régiments présentés. Dans l’ensemble, Châtillon est satisfait.
     Des treize régimens, n’y en a que deux qui soyent foibles, la plus grande partie des autres sont complets. Le régiment de M. le mareschal de Brézé est parfaictement beau, je l’ay veu et considéré à loisir, celluy du marquis son fils est aussy en bon estat, il y a deux cens supernuméraires. (…) Plessis-Praslin, Socourt et le régiment liégeois sont les plus foibles, particullièrement le dernier est en assez mauvais estat.
      Pour ce qui est de la cavallerie, c’est les meilleurs hommes que je vies
[sic] jamais, et les mieux montés, et toutes les compagnies sont complettes et des officiers très bien choisis et soigneux de leur debvoir. Je suis aussy content des officiers de l’infanterie et les trouve fort bons. Il y en a peu qui ne soient dignes de leurs charges. Enfin, je puis vous asseurer que ce corps est en estat de bien servir où il sera employé.
     Cela n’empêche pas certaines critiques. En effet, Châtillon constate que le grand-maître de l’artillerie, dont la présence est nécessaire, ne s’est toujours pas rendu en sa charge, pas plus qu’il n’a donné d’ordre pour la marche de ses hommes:
     Pour ce qui est du petit équippage d’artillerie que Monsieur de la Meilleraye avoit donné ordre de s’advancer en diligence avec quelques munitions de guerre, et que j’avois trouvé à Chaalons toutes prestes à partir, elles ne sont encore venues. Dans ce deffault-là, M. de Brassac nous a assisté de certaines quantités de pouldre, de balles et de meiche, déclarant qu’il n’en faut espérer de luy davantage.
     Le grand-maître doit en effet passer les contrats avec les munitionnaires et se charger de convoyer ces mêmes "munitions de guerre", c’est-à-dire la poudre, les balles et les boulets, mais aussi les mèches pour les fusils et arquebuses. Le soutien est donc tout autant logistique que proprement militaire. D’ailleurs, la situation logistique dans son ensemble montre les faiblesses de la préparation. Châtillon poursuit:
     Monsieur de Muns, qui commande dans Mets en l’absence de M. le cardinal de La Vallette, escript qu’il ne faut rien attendre du magazin de cette place-là, non pas seulement du canon, mais de la moindre chose des munitions de guerre (…) Faites donc estat qu’il ne peut sortir de ces deux villes aulcun équippage qui puisse servir à la campagne (…) et mandés-moi où je peux trouver ces substances si nécessaires au bon service de Sa Majesté.
     Enfin, le risque d’exactions de gens de guerre et les difficultés logistiques liées au rassemblement d’une telle force incitaient le secrétaire d’État à disperser les troupes: "Pour ne ruyner point la campagne, je trouve bon, écrit Louis XIII à Châtillon, que vous divisiez les trouppes que vous commandés et les establissiés en garnison, l’infanterie dans les villes de Verdun, Stenay, Villefranche, Dun, Mouzon, Donchéry, Mézières et Charleville, et la cavalerie aux lieux adjacents".
      Aux problèmes d’intendance s’en ajoutent bientôt d’autres. Le maréchal de Châtillon soulève la question du financement de son armée, puisque les troupes se plaignent de la paie: "Je ne vous celeray point que l’infanterie et la cavalerie ont eu beaucoup de mescontentement quand on leur a déclaré la dernière réduction qu’on a faict, assavoir, en ostant à la cavallerie les surtaux et à l’infanterie deux monstres".
      Selon les articles 221 et 239 du "Code Michau" de 1629, et répétés dans le règlement du 14 février 1633, le soldat devait toucher dix montres de trente-six jours par an, dont le paiement se faisait, en partie par avance, sous forme d’un prêt de quatre sols par jour, tous les neuf jours. Les caporaux, anspessades et appointés recevaient huit sols et les sergents, seize. Lorsque les troupes se tenaient en garnison, le pain de munition n’était pas fourni, aussi la solde était-elle augmentée des deux sols retenus par l’État, pour acheter le pain au munitionnaire, quand les hommes d’armes étaient en campagne. À la fin du mois, le soldat touchait la différence entre les sommes avancées et le total de sa montre.
      Le traitement réservé à la cavalerie était bien plus intéressant. Un chevau-léger, par exemple, était payé quinze sols par jour, mais ce coût ne suffisait pas à entretenir une monture. Un surtaux fut alors institué, de vingt sols par jour et par cavalier, payés en même temps que le prêt, de neuf jours en neuf jours:
      Mais au début de 1635, la résolution fut prise d’effectuer un retranchement sur le paiement des troupes. La cavalerie fut la plus touchée, "fort estonnée de voir ce retranchement des surtaux. (…) Ils se voyent diminuez de deux cens francs, qui n’est pas un petit interest pour eux". Les vingt sols quotidiens étaient supprimés, mais uniquement pour les armées en opération à l’extérieur du royaume, cette grâce des surtaux étant conservée à la cavalerie servant en France, pour le "soulagement" des sujets.
      L’infanterie subissait aussi cette réduction. Le système des montres appliqué pour le paiement des troupes était souple et permettait de varier au gré des circonstances le montant annuel de la rétribution du soldat, soit en allongeant ou en raccourcissant le délai entre deux montres, soit en augmentant ou en diminuant le nombre de montres par an. En l’occurrence, les deux termes du système se trouvaient modifiés, puisque le nombre de montres passait de dix à huit, et l’intervalle entre deux montres, de trente-six à quarante-cinq jours. La solde brute de douze livres, payée pour trente-six jours de présence dix fois par an, devait être répartie sur quarante-cinq jours, huit fois par an. Cette diminution était cependant atténuée par le fait que la retenue opérée par le roi pour le pain de munition baissait aussi de moitié, passant à un sol par jour.
      La seconde interrogation portait sur le coût du logement des gens de guerre, c’est-à-dire la fourniture des étapes. L’ordonnance du 9 octobre 1629 précisait que les gens de guerre en garnison étaient tenus de payer eux-mêmes les denrées aux habitants, suivant un taux fixé d’avance, soit trois sols trois deniers pour deux pains, une pinte de vin et une livre de chair. En temps de guerre, quand les régiments allaient en campagne, les communautés étaient tenues de fournir ces denrées gratuitement. Le règlement de 1633 visait à décharger les provinces du coût des gens de guerre, en faisant payer par les soldats leurs vivres. En réalité, il aurait été difficile d’exiger des soldats qu’ils paient les communautés, aussi ce soin était-il dévolu aux commis des trésoriers de l’Extraordinaire des guerres. Or, avec la réduction de la solde, le maréchal de Châtillon supprime ce surcoût: "Il me semble qu’on ne doit pas obliger les gens de guerre à payer aux lieux où ilz ont passé et séjourné à cause de cette nouvelle réduction. Si je les eusse contraint à cella, nous estions en danger de perdre beaucoup de soldats et donner mescontentement à tous les mareschaux de camp et officiers d’armée".
      Le maréchal voyait les menaces qui pesaient sur la cohésion de l’armée si rien n’était modifié: "Les officiers apréhendent de ne pouvoir conserver leur compagnie au bon estat où elles sont à présent. Ce seroit grand dommage qu’elles dépérissent". Cette mise en garde poussa Servien à intervenir auprès du surintendant Bullion. Le secrétaire d’État de la Guerre dut se montrer persuasif: un courrier du 8 avril adressé aux trésoriers de l’Extraordinaire des guerres rétablit en partie les surtaux pour la cavalerie et ne réduit que d’une montre la solde des gens de pied.
      Dans le même temps, Servien renvoya un état définitif de l’armée complétée des troupes de Brézé . Châtillon commandait treize régiments à 1 200 hommes chacun, soit un total de 15 600 fantassins. Brézé conduisait depuis l’armée d’Allemagne une partie des "vieux régiments" avec un soutien de cavalerie (régiment de Rambures), soit une dizaine de milliers de soldats, ainsi que deux régiments irlandais, d’Orelis et de Muzansy. Servien prévoyait enfin d’avancer d’autres troupes, dans le but de "suppléer aux régimens défectueux". Quant à la cavalerie, estimée à 5130 chevaux organisés en 53 compagnies, elle pouvait être renforcée au cas où les escadrons seraient affaiblis.
      Par ailleurs, le secrétaire d’État de la Guerre ordonnait l’envoi de commissaires chargés de lever des recrues dans le pays de Liège. En effet, alors même que l’armée s’ébranle vers le Nord, les effectifs commencent à diminuer. À la fin du mois d’avril, une revue faite à Verdun estime le manque à près de 400 hommes, tandis que la cavalerie constate l’absence de 370 maîtres. Dans les premiers jours de mai, lors de l’arrivée à Mézières, Châtillon écrivait à Servien que la logistique posait problème:
     Je reconnais que maintenant cela va bien, M. l’évesque de Nantes y ayant donné ordre avecq tant de prévoyance et de diligence que je say certainement qu’il y a dans Mézières en farine et biscuit, de quoy nourrir notre armée trois semaines durant sans comprendre la fourniture du pain qui se fait journellement pour touttes les trouppes, et a fait faire quantité de caissons pour transporter le biscuit et le pain à couvert. Pour ce qui est du charroi, il y en a suffisamment pour charrier les vivres à la suite de l’armée.
     Ces problèmes intéressèrent le cardinal de Richelieu, puisqu’une note de la première quinzaine de mai rappelle combien ces questions lui semblent importantes:
     Est à noter que touttes ces grandes armées très difficiles à mettre sur pied et encore plus à conserver, seront du tout inutilles s’il n’y a un puissant esquippage aux vivres pour qu’elles puissent s’advancer en beaucoup de lieux où ils ne scauroient trouver de vivres si on ne les y porte (…) M. de Bulion [sic] demeure d’accord avecq moi qu’à l’avenir, il faut à une armée de quinze mil gens de guerre cinq cens chariots pour les vivres. .(…) .Outre lesd. chariots, les munitionnaires seront obligez d’avoir en chaque armée cinquante chariots pour voiturer le pain ordinairement.
     Cependant, les instructions définitives étaient parvenues aux commandants le 23 avril. Le secrétaire d’État de la Guerre adressait aux maréchaux un plan général de la campagne, avec un ordre de marche et des consignes strictes: "Lesd. sieurs mareschaux doibvent sçavoir que Sa Majesté a mandé à Monseigneur le Prince d’Orange que son armée se trouvera le douzièsme may à Rochefort (…) Lesd. sieurs mareschaux se trouveront dès le 28 de ce mois à Mézières pour mettre ordre à ce que tout soit prest au temps qu’il faudra partir pour estre instamment le 12 may au susd. Lieu". Une fois rassemblées sous les ordres du prince d’Orange, l’instruction planifiait les différentes hypothèses stratégiques en invitant les troupes franco-hollandaises à porter leurs armes au "cœur du pays vers Bruxelles, Tournay et Malines, et autres lieux qu’il sera jugé par advis commun, parce qu’oultre que par un tel moyen on prendra la ville capitalle des ennemis, quelque partie de leurs forces accourant au service pourra difficilement éviter d’estre combattue". Cependant, d’autres cas étaient envisagés, et notamment d’éventuels sièges: "On estime qu’il n’y aura pas peu d’advantages à attacquer le lieu où le cardinal infant se retirera, parce que sy une fois on le pouvoit prendre, la guerre seroit finie en Flandres. Sy aussi il se retire en quelque lieu de ses voisins et alliez, on pourra l’y suivre et se rendre, sy on peult, maistre des lieux ou il se retirera, sy on juge qu’il soit à propos d’en user ainsi".
      Les maréchaux conservaient l’initiative au niveau du théâtre des opérations puisque l’instruction du 23 avril précisait que "Sad. Majesté donne pouvoir ausd. sieurs mareschaux de résouldre avec led. sieur Prince d’Orange tout ce qui ne contreviendra poinct au traicté faict avec lesd. sieurs les Estats le 8 febvrier dernier, ou qui ne sera poinct contraire aux articles de la présente instruction, ainsy qu’ils l’estimeront le plus à propos pour le bien commun".
      Cette instruction met donc en avant l’existence d’une stratégie de cabinet bien avant le ministère de Louvois. L’intérêt de Louis XIII et de son cardinal-ministre pour les choses militaires limitait d’emblée la marge de manœuvre concédée aux généraux.
      Le temps passé à Mézières fut aussi marqué par un procès spectaculaire. On se rappelle qu’au mois de mars, la citadelle de Sierck était tombée, "lâchement défendue par le sieur Deschapelles". Capturé, le coupable avait été enfermé à Thionville, puis conduit sous bonne garde jusqu’à Mézières, où son procès fut instruit. Louis XIII, intraitable, réclama la tête de celui qu’on rendait responsable de la prise de Trêves, encore plus que de la perte de sa citadelle. La correspondance de Châtillon a conservé le résultat du conseil de guerre tenu le 9 mai 1635, contre "François des Chapelles, sieur du Meslanges, ci-devant gouverneur de la ville et chasteau de Circh [sic]". Le coupable fut condamné à "estre dégradé de ses armes, à la perte de sa noblesse et à avoir la teste tranchée à la teste des troupes sur un échafaud, qui à cet effect sera dressé en lieu et devant la citadelle de cette ville près le lieu où passent les troupes". La sentence fut exécutée le lendemain.
      L’attente se prolongeait. Richelieu rappelle ces moments où l’armée attendait ses ordres dans un passage des Mémoires:
     Cependant, l’armée de Sa Majesté qui devait partir dans les premiers jours de mai de Mézières, fut obligée d’y demeurer davantage pour attendre des nouvelles de la marche de l’armée hollandaise, laquelle ne se trouva pas sitôt prête comme il avoit été convenu
(…) Tous ces délais nous firent perdre beaucoup de temps à attendre à Mézières et Sedan.
     Enfin, Servien adressa aux maréchaux un court message où il leur communiquait un renseignement de la première importance: l’armée hollandaise s’approchait de Maastricht. Dès lors, les deux commandants ordonnaient à leurs troupes de franchir la Meuse et l’armée des Flandres entrait en campagne.
      Le plus gros obstacle concernait le franchissement des cours d’eau. Bien que le grand-maître de l’artillerie eût à sa disposition des pionniers, ceux-ci ne disposaient manifestement ni de l’entraînement ni des moyens techniques permettant de construire un pont. En fait, la question ne se posait pas tant pour l’infanterie ou pour la cavalerie, qui pouvaient trouver des gués, que pour les pièces d’artillerie. Ainsi, devant le cours de la Semois, les maréchaux durent-ils demander au gouverneur de Bouillon la permission d’emprunter le pont. Ce dernier accepta, mais le pont ne put supporter le passage des canons: ceux-ci furent redirigés vers le gué de Cugnon, deux lieues au nord de Bouillon.
      L’avance continuait: le 13 May, les corps s’assemblaient à Paliseul, le 15 May, la forêt de Wellin était traversée, et le 16 May, l’armée prenait position autour de Rochefort, "lieu qui avoit été donné pour rendez-vous (…) où ils [Brézé et Châtillon] attendirent un jour pour apprendre des nouvelles du prince d’Orange".
      Le manque de renseignements sur la position de l’ennemi et l’absence de nouvelles de l’armée hollandaise gênaient les deux maréchaux. Cela ne rendait que plus nécessaire la quête d’informations et la prise de points d’appui en cas d’attaque espagnole impromptue. Le 18 mai, Châtillon s’avança vers Marche-en-Famenne, où la garnison espagnole se rendit sans résistance, tandis que Brézé couvrait son aile gauche "entre Namur et Marche". La proximité des troupes espagnoles ne faisait plus aucun doute, d’autant que les nouvelles de Bruxelles rapportent, à cette même date, que le prince Thomas a rallié ses troupes: "Ayant esté extraordinairement caressé et encouragé à bien faire par l’Infant (…), il a pris son chemin vers le Luxembourg, où ses troupes l’attendent".
      Le 19 mai, les deux brigades françaises campent entre Freteur et Tinlo, en des logements un peu éloignés les uns des autres "par la nécessité des vivres et la misère du pays". Le lendemain, aux premières heures du jour, l’avant-garde espagnole est signalée: le prince Thomas fait déployer ses troupes dans un petit vallon protégé, derrière sa cavalerie avancée sur la plaine où, à leur tour, les Français se préparent à la bataille. Le commandement apparaît divisé: Châtillon répugne à livrer le combat "à cause des ordres précis de l’instruction qui portoit que l’armée du Roi joignît celles des Estats ; mais après avoir considéré qu’ils ne pouvoient, ni demeurer en ce lieu à cause de la disette des vivres, ni passer outre en présence de l’ennemi, sans courir le hasard d’en être combattus à notre désavantage, il consentit à l’avis des autres".
      La bataille eut pourtant une issue rapide: la cavalerie française chargea immédiatement, emportant tout sur son passage. L’infanterie, quelque peu malmenée par le canon et le manque de visibilité dû aux effets combinés de la poudre et du vent, se reprit et avança: il avait fallu moins de deux heures pour mettre l’armée espagnole en déroute.
      Cette bataille d’Avein eut un retentissement phénoménal: les sources dont nous disposons aujourd’hui rappellent cet engagement, où la furia francese s’illustra. Les pertes françaises furent peu nombreuses, "deux cents hommes de pied et environ soixante maîtres" écrit Richelieu. En revanche, "y eut force officiers du régiment de Champagne blessés, deux capitaines, cinq lieutenants et un enseigne du régiment de Piémont". Les lettres envoyées aux prévôt et échevins de Paris n’évoquent pas ces blessés et réduisent le nombre des morts: "Cette victoire nous est d’autant plus heureuse qu’il n’y est mort des nostres qu’un capitaine d’infanterie du régiment de La Milleraye [sic], un lieutenant de Champagne et moins de cent soldats".
      Un Te Deum fut chanté par le royaume tandis que les maréchaux de Brézé et de Châtillon étaient largement félicités, tant par le roi que par ses ministres, au rang desquels le cardinal et le secrétaire d’État de la Guerre, sans oublier les alliés. Avein est une victoire sans appel: l’ennemi compte plus de 4 000 tués et sept à huit cents prisonniers dont beaucoup de haute qualité, tandis qu’est capturée toute l’artillerie ainsi que les bagages
      Cependant, la victoire ne signifie pas pour autant la fin de la campagne. Les troupes espagnoles occupent encore la plupart du pays, et Châtillon subodore que la guerre n’est pas terminée, puisque le général adverse "peut avoir quinze mil hommes de pied et huit mil chevaulx. S’il venoit à perdre un combat général avec nous, il perdroit tout son pays, car il luy reste fort peu de gens dans ses meilleures places, ayant mis en campagne touttes les forces qu’il pouvoit mettre". Aux grands combats se substitue la petite guerre où la cavalerie espagnole excelle.
      Par ailleurs, la jonction entre les armées française et hollandaise posait des problèmes de commandement. Selon l’accord du 8 février 1635, Frédéric-Henri de Nassau décidait des opérations à mener, en accord avec les généraux français. Brézé et Charnacé, l’ambassadeur de France auprès des Provinces-Unies, partageaient cet avis, mais Châtillon s’y opposait: "Il y eut quelque petit différend, rapporte Richelieu, entre lui [le prince d’Orange] et nous, suscité par le maréchal de Châtillon, bien qu’il fut son parent, et ce sur la conduite de l’armée. Le maréchal de Châtillon, pour se conserver le commandement, vouloit persuader au prince d’Orange que Sa Majesté entendoit que les deux armées demeurassent séparées, et que l’on communiqueroit seulement les desseins au prince d’Orange, qui en conçut quelque ombrage et méfiance". 
      Cette division ne fit que s’accentuer. Richelieu voulut calmer les esprits, bien qu’il précise dans un courrier à Charnacé: "Je suis très content de mon frère le mareschal de Brézé, qui a tesmoigné cœur et teste". Quant à Servien, il appuyait les propos du cardinal et s’excusait auprès du maréchal de Brézé: J’ay eu commandement de faire adresser en commun à M. le mareschal de Chastillon et à vous la depesche ci-jointe. Ce n’est pas qu’on ne sache les particuliers honneurs qui vous sont deus pour le gain de la bataille et que le Roy et Mgr le Cardinal n’ayent particulièrement considéré tout ce que vous en avez envoyé qui est confirmé d’ailleurs, mais on estime qu’il seroit périlleux d’en faire ouvertement aucune démonstration et que cela pourroit donner des jalousies qui dans la suite de la guerre pourroient causer de grands préjudices aux desseins de Sa Majesté.
     La "depesche jointe" dont parle Servien reprenait ce que Richelieu avait écrit à Bouthillier, le 27 mai: "la lettre doit porter la satisfaction que Sa Majesté a en général de ceux à qui elle a donné la conduite de son armée et de tous les officiers". Cette unité semblait d’autant plus importante que la cour rapportait avoir appris "par quelques lettres interceptées des ennemis que l’intelligence qui devroit estre entre ces messieurs n’est pas telle qu’elle seroit à désirer pour le bien des affaires de Sa Majesté".
      Après Avein, aux divisions du commandement s’ajoute un affaiblissement de la capacité de combat: "Nous vismes de très belle infanterie de diverses nations, écrit Châtillon à Louis XIII, excepté les vieux régiments françois qui sont soubz ma charge, lesquelz sont forts décheus, à cause qu’il y a plus de deux ans qu’ils n’ont eu aucune recrue (…) Nous pouvons asseurer à Votre Majesté que votre armée est encore à présent de vingt mil hommes de pied effectifs et de quatre mil chevaulx, compris les carabins. C’est tout ce qu’il y a que nous avons fait faire exactement par une reveue secrette, car pour la monstre ordinaire, il se trouve plus de vingt deux mil hommes de pied et quatre mil cinc cens chevaulx". 
      Après une avance foudroyante des coalisés, et l’occupation du pays entre Aarschot, Diest, et Tirlemont (Tienen), le siège fut mis devant Louvain. Mais à la fin de juillet, les vivres vinrent à manquer et les troupes se replièrent sur Maastricht, puis sur Roermond, où l’armée française, contrainte d’adopter une posture défensive, prit ses quartiers d’hiver dès septembre 1635. Au début de l’année 1636, moins de dix mille hommes s’en retournèrent finalement en France.
      À qui la faute, après une campagne commencée sous les plus brillants auspices ? Servien, pendant son exil, s’en prend à Bullion, le surintendant des finances:
     À ce compte, il ne faut plus que les Espagnolz se mettent en peine d’assembler des armées pour nous déffaire, il faut seulement qu’ilz laissent faire M. de Bulion ; après avoir faict perdre Tresves et Philipsbourg pour avoir empesché qu’on n’y ayt mis des garnisons suffisantes, après avoir causé la révolte des soldatz qui ont livré à l’Ennemy nos places frontières faulte de payement, après la dissipation des meilleures forces du Royaume que son opiniastreté a faict périr beaucoup plus que les coups.
     Au contraire, Châtillon faisait porter la responsabilité des difficultés financières de l’armée de Flandres sur le secrétaire d’État de la Guerre: "Considerez, Monsieur, si la Cavallerie françoise se peut maintenir long-temps en bon estat en un pays estranger, sans estre soutenue à force d’argent, et l’Infanterie de mesme. (…) Pensez donc à maintenir la réputation des armes du Roy, et à ne rien espargner pour cela".
      Pourtant, Servien, qui connaissait les avantages d’une armée régulièrement soldée, ne pouvait dissimuler son impuissance quand l’argent venait à manquer. En effet, le secrétaire d’État chargé de la Guerre ne jouait qu’un rôle secondaire dans le financement de l’armée:
      Je ne doubte point que vous n’ayez peine au temps de la VIIIe monstre à faire résoudre une armée qui est dans un pays ennemy à rien perdre et qu’il ne fust extrêmement nécessaire de la payer de tout ponctuellement pour la tenir dans la discipline. (…) Mais vous scavez comme il ne fault pas penser de pouvoir porter Messieurs les surintendantz à faire davantage. Je leur parleray pour vous faire envoyer de bonne heure la première monstre de l’année prochaine (…) pour retenir par cette espérance les soldatz dans le debvoir.
     La bataille d’Avein a été vite oubliée, d’autant que la suite des événements montre que sur les autres théâtres d’opérations, les armées françaises accumulaient les déboires, tant en Hollande, qu’en Allemagne sous Turenne, ou en Provence où les Espagnols s’emparaient des Îles de Lérins. Au début de l’année 1636, Servien entrait en disgrâce, d’où il ne sortirait que pour partir en Allemagne mettre fin au brasier qu’il avait contribué à allumer.
      La principale faiblesse des troupes françaises tenait à une logistique incapable de suivre et de soutenir les armées dans leur avance. Ce manque de soutien limitait en soi toutes les batailles et même toutes les victoires remportées sur l’ennemi, puisqu’il suffisait d’un siège qui dure pour obtenir le même effet qu’une victoire en rase campagne.
      Dans un deuxième temps, les pouvoirs du secrétaire d’État de la Guerre semblaient trop limités, et notamment en matière financière. Les règlements de 1626 et de 1633, qui définissaient les attributions respectives des secrétaires d’État, n’accordaient en matière de recettes au secrétaire d’État chargé du département de la Guerre que la haute-main sur le taillon. Pour la levée, la solde et l’entretien des troupes, il devait rendre compte au surintendant. Le caractère de Servien, ses brouilles continuelles avec Bullion, devaient amener Richelieu à choisir entre son bouillant secrétaire d’État et les relations financières de son surintendant.
      Avein, cependant, offre aussi un premier exemple de la stratégie de cabinet. Les instructions sont précises, elles n’offrent au commandement qu’une interprétation possible, dans des limites très circonscrites. Certes, les maréchaux de Brézé et de Châtillon conservent l’initiative tactique, mais ils doivent pouvoir justifier leurs mesures. À ce titre, il s’agit de la mise en pratique sur le terrain de plans définis dans les bureaux du cardinal, et contre-signés par le secrétaire d’État, lequel apparaît comme étant un fidèle exécutant des ordres venant du premier ministre. Ce dernier ne se prive d’ailleurs pas d’écarter ceux qui ne savent pas s’adapter à ses idées, qu’ils soient généraux ou secrétaire d’État.

Annexe
"Instruction aux sieurs de Chastillon et de Brézé, mareschaux de France et lieutenans généraulx pour le roy en son armée de Flandres.
      Lesd. sieurs mareschaux doibvent sçavoir que Sa Majesté a mandé à Monseigneur le Prince d’Orange que son armée composée de 25 000 hommes de pied et de 5 000 chevaulx et artillerie considérable se trouvera le douziesme may à Rochefoole.
      Lesd. sieurs mareschaux auront un soin particulier de faire faire tous les préparatifs nécessaires au passage de l’armée du roy pour se joindre à celle des sieurs des Estats.
      Lesd. sieurs mareschaux se trouveront dès le 28 de ce mois à Mézières pour metre ordre à ce que tout soit prest au temps qu’il faudra partir pour estre instament le XII may au susd. lieu.
      Sa Majesté laisse au pouvoir desd. sieurs mareschaux qu’ils trouvent place commode et plus utile pour son service de se joindre par quelque autre endroit aud. sieur Prince d’Orange, pourveu que ce soit du consentement dud. sieur Prince.
      Sy les forces d’Espagne s’opposoient au passage desd. sieurs mareschaux, en sorte qu’ils ne puissent se joindre aud. sieur Prince d’Orange sans venir aux mains, Sa Majesté leur permet de combattre les ennemis s’ils jugent le pouvoir faire avec advantage et grande apparence de succez, sy ce n’est qu’ils estiment plus à propos de se camper devant les ennemis et faire advertir led. Prince d’Orange de s’approcher de son costé en sorte que les ennemis demeurent entre les deux armées.
      L’armée de Sa Majesté estant joincte avec celle desd. Sieurs les Estatz, led. Sieur Prince d’Orange donnera le mot en toute les deux, en vertu du pouvoir que Sa Majesté luy en a donné.
     Toutes les resolutions des deux armées seront concertées entre led. Prince d’orange et lesd. sieurs mareschaux seulz, et lesd. sieurs mareschaux appelleront aux conseilz particuliers qu’ils tiendront pour l’examen des choses qu’ils auront resolues avec led. Sieur Prince d’Orange ceulx qui
[sont] accoustumés d’y entrer dans la presence du roy.
      Les deux armées estant joinctes, Sa Majesté estime que la première fin que l’on doibt avoir est de combattre les ennemis à quoy il se faut attascher aultant qu’il sera possible.
      Sy les ennemis se mettent en estat par quelque campement qu’on ne puisse les contraindre à combattre, en ce cas, il faut tascher ou de les affamer et faire périr par ce moyen, ou de les forcer dans leur campement sy la raison de la guerre le permet.
      Sy quelques considérations particulières comme l’abondance que les ennemis pourroient avoir de vivres et les difficultez d’en avoir pour les deux armées joinctes empeschoient un tel dessein, Sa Majesté estime que la seule chose qui reste à faire est d’aller droit dans le cœur du pays vers Bruxelles, Tournay et Malines, et autres lieux qu’il sera jugé par advis commun, parce qu’oultre que par un tel moyen on prendra la ville capitalle des ennemis, quelque partie de leurs forces accourant au service pourra difficilement éviter d’estre combattue.
      Sy les ennemis, au lieu de tenir la campagne, divisent leur troupes et se retirent en leurs places, en ce cas on estime qu’il n’y aura pas peu d’advantages à attacquer le lieu où le cardinal infant se retirera, parce que sy une fois on le pouvoit prendre, la guerre seroit finie en Flandres.
      Sy aussi il se retire en quelque lieu de ses voisins et alliez, on pouvra l’y suivre et se rendre, sy on peult, maistre des lieux ou il se retirera, sy on juge qu’il soit à propos d’en user ainsi.
      Lesd. sieurs mareschaux sçauront que, sy le bien des affaires de la guerre requiert que les 50 000 hommes de pied et de 10 000 chevaulx qui doibvent estre ès armées de Sa Majesté et desd. sieurs les Estats, soient divisés en divers corps, lad. division doibt estre faicte en sorte que dans tous les corps qui seront composez, il y en ait toujours une partie des troupes de l’armée de Sa Majesté et l’aultre de celle desd. sieurs les Estats, pour faire veoir en toutes choses les unions qui est entre Sa Majesté et lesd. sieurs les Estats.
     Sy par hasard, il arrivoit que dans la prise de quelque place, la Royne mère du Roy et la princesse Marguerite de Loraine tombassent entre les mains de sa Majesté et desd. sieurs les Estats, Sa Majesté désire que l’on rende à la Reyne sa mère tous les honneurs et bons traictement deubz à sa qualité et que pour la princesse Marguerite, elle soit gardée en telle sorte que l’on puisse répondre de sa personne, luy rendant toutesfois toutes les civilitez requises à une princesse de sa naissance, en vertu de quoy, lesd. sieurs mareschaux feront soinneusement garder ceulx qui auront esté pris auprès de la Reyne, sçauront ses volontés pour les faire sçavoir au roy et cependant auront l’œil qu’elle ne puisse réunir ny examiner aulcune résolution qui soit contraire au service de Sa Majesté.
     Sad. Majesté donne pouvoir ausd. Sieurs mareschaux de résouldre avec led. sieur Prince d’Orange tout ce qui ne contreviendra poinct au traicté faict avec lesd. sieurs les Estats le 8 febvrier dernier, ou qui ne sera poinct contraire aux articles de la présente instruction, ainsy qu’ils l’estimeront le plus à propos pour le bien commun.
     Faict à Compiègne le 23 avril mil six cens trente cinc,
     Louis Servien".
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updated Sunday 08-May-2005 20:39 UT
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